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Musique classique et opéra par Classissima

Ludwig van Beethoven

dimanche 31 juillet 2016


Les blogs Qobuz

29 juillet

Le blog de l’été (4) – Ce jour-là : 21 avril 1922

Les blogs Qobuz Ce jour-là, un chanteur s’est éteint à Rome, au 19 de la via Plinio, victime d’une mauvaise grippe. Ce jour-là, disparut dans sa soixante-quatrième année celui que les musicologues considéraient comme un « fossile vivant. » Ce jour-là, le Vatican ne pleura pas le représentant discret d’une pratique désormais réprouvée. 21 avril 1922 : la mort d’Alessandro Moreschi, passé à la postérité en qualité de « dernier castrat. » On ne sait pas en quelle année le jeune garçon de Monte Compatri, né dans une grande famille catholique, eut droit à l’opération fatale. 1866 ? Il aurait eu huit ans. Certains arguèrent d’une hernie scrotale, mais l’Institut pontifical de musique sacrée se borne à signaler « une mésaventure d’enfance jamais élucidée. » Avait-il été destiné, comme tant de jeunes garçons italiens à cette époque, à la carrière musicale ? Carrière où, s’il y avait beaucoup d’appelés, il n’y eut que peu d’élus. Ce qui ne découragea pas nécessairement les candidats à la gloire (et à la fortune) – cette gloire que connurent un Farinelli, un Gateano Caffarelli (le rival du précédent), un Girolamo Crescentini, cet « Orphée italien » dont le Roméo fit pleurer Napoléon. Caricature du grrrand Farinelli, le plus fameux des castrats (DR) Les railleries À treize ans, le jeune Alessandro est expédié à Rome où les bons pères de l’église San Salvatore di Mauro se chargent de sa formation. Seul castrat de l’école, il subit sans broncher les railleries de ses camarades, et se concentre sur cette musique que lui enseigne Gaetano Capocci, le brillant professeur de Saint-Jean-de-Latran. Nommé à quinze ans primo soprano dans cette célèbre basilique, il fait l’admiration de la foule qui se presse le samedi pour entendre les Vêpres. « Une larme dans chaque note, un soupir dans chaque respiration » note l’Américaine Lillie de Hegermann-Lindencron (DR) Parmi les fidèles, l’américaine Anna Lillie de Hegermann-Lindencron qui tient son journal : « Les notes hautes de la voix larmoyante de Moreschi sont presque surnaturelles » ; elle le retrouve dans la mondanité : « Les chanteurs du pape sont la grande attraction car le salon est le seul lieu, en dehors des églises, où l’on peut les entendre. Le célèbre Moresca (sic), qui chante à Saint-Jean-de-Latran, est un soprano au visage rond, d’environ quarante ans (plutôt vingt-cinq !). Il met une larme dans chaque note et un soupir dans chaque respiration. Il interprète la chanson juive de Faust, ce qui paraît horriblement mal venu. En particulier lorsqu’il demande (dans le miroir de poche) s’il est vraiment Marguerite, on est tenté de lui répondre : Macché (Allons donc !) » Vedette de la Sixtine, Moreschi est la grande attraction des salons de Rome (DR) Les caprices d’un hermaphrodite Moreschi est très demandé et choisit les meilleurs engagements. « Il chanta mercredi à la Venerabile Chiesa del Sudario dans une forme vocale magnifique ; le lendemain, il ne peut se rendre disponible pour la solennità della Cattedra à San Pietro en raison d’une faiblesse vocale assez subite ; aujourd’hui, dans une condition vocale éblouissante, il fut capable de chanter une messe de requiem à la Chiesa di San Carlo in Corso (…) Il ne semble pas convenable que les caprices d’un hermaphrodite régentent le chapitre du Vatican ! » Les chapons sacrés Pourtant, la carrière de Moreschi est bien assurée dans ce qu’il reste des Etats pontificaux. Le 22 mars 1883, il entre dans le chœur de la Chapelle Sixtine et chante pour le Carême le rôle de Séraphin dans Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven. On l’acclame, il est « l’Angelo di Roma. », et le pape le nomme « Soliste de la Chapelle Sixtine ». Appelés « les chapons sacrés », les nouveaux castrats du pape sont au nombre de six. Ils doivent remplir les conditions d’entrée dans les ordres mineurs, recevoir la prima tonsura et s’engager au célibat, mais ils sont exemptés des jeûnes et abstinences prescrits par l’Eglise. Ils portent un uniforme : le rochet, court surplis porté par-dessus la ceinture et la soutane violette réglementaire. En 1871, alors qu’une place à la Scala coûte 15 lires, leur salaire mensuel est fixé à 118,25 lires, sans compter les services exceptionnels (et les pourboires !). En 1886, Moreschi montera dans la hiérarchie : directeur des solistes, il sera élu quinze ans plus tard segretario-puntatore (secrétaire de la Chapelle), chargé de consigner toutes les activités de la Sixtine, de noter le nom des chanteurs qui ont enfreint le règlement. Et la musique ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on discute. Certes, on se vante à la Sixtine, de servir dans leur authenticité les œuvres de Palestrina, et Domenico Mustafà, directeur perpétuel du chœur papal, forte personnalité que Wagner aurait imaginé dans le rôle de Klingsor de Parsifal, prétend que les œuvres de ce « père de la musique sacrée catholique » (Hugo, dixit !) constitue un pilier des traditions de ladite Chapelle. Ce n’est pas tout à fait l’avis de Nicolaï, l’auteur des Joyeuses commères de Windsor : « Dans l’exécution des solos, les chanteurs de la Sixtine prennent des libertés si grandes qu’il est impossible de les juger par rapport à la partition qu’ils sont censés lire (…) En outre, selon leur bon plaisir, ils insèrent dans la mélodie une myriade d’embellissements, de notes de passage et de ralentissements. » Le plain chant est lui-même maltraité : « martelé, battu lourdement et crié », pour dom Mocquereau. Les promoteurs du mouvement cécilien (Cäcilianismus) s’insurgent et ils ont finalement gain de cause avec la nomination à la tête du chœur de Lorenzo Perosi, un prêtre musicien de vingt-six ans, un intégriste qui assimilait les castrats à des « hommes anormaux »…. Mustafà s’éclipse ; il sera « directeur perpétuel honoraire ». La pureté du cristal Quant à Moreschi, il obtiendra une autorisation spéciale pour chanter aux funérailles d’Humbert 1er, le roi assassiné le 29 juillet 1900 par un anarchiste italien. Il sera surtout la première star discographique : il participera, en soliste ou en groupe, à dix-sept enregistrements de la National Gramophon Company, qui donnent une (faible) idée de son talent – dont une interprétation « ruisselante de sentimentalité » de l’Ave Maria de Gounod… Puis, tout en prenant une retraite méritée à quelques pas du Vatican, il acceptera de répondre aux questions de Franz Haböck, auteur d’un livre fondamental sur les castrats selon lequel « la voix de Moreschi ne peut être comparée qu’à la clarté et la pureté du cristal (…) Tout éveilla en moi l’irrésistible impression du plus bel instrument à vent jamais créé par le souffle humain. » Le dernier… Sa mort ne sera pas signalée dans l’Osservatore Romano, et son certificat de décès semble avoir disparu. Ce fut le dernier castrat… (Diapason – Chronique de décembre 2015) Pour combler votre curiosité – Moreschi, le dernier castrat par Nicholas Clapton (Buchet-Chastel) – L’opéra seria ou le règne des castrats par Isabelle Moindrot (Fayard) – Die Gesangkunst der Kastraten par Franz Haböck (deux volumes, Vienne 1923) Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans le magazine Diapason de juillet-août 2016 : « Ce jour-là, 15 janvier 1941 : Création du Quatuor pour la fin du Temps »

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29 juillet

Philippe Cassard et Hortense Cartier-Bresson au Elne Piano Fortissimo

Festival Elne Piano Fortissimo. 22-VII-2016 : Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Variations op. 34 en fa majeur ; Fanny Mendelssohn-Hensel (1807-1847) : Allegretto grazioso, extrait des Vier Lieder für das Pianoforte op. 2 ; Clara Schumann (1819-1896) : Romance op. 21 en la mineur ; Johannes Brahms (1833-1897) : Ballade op. 10 n° 1 en ré mineur et n° 4 en si majeur ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : 8 Lieder ohne Worte ; Variations sérieuses en ré mineur op. 54. Philippe Cassard, piano. 23-VII-2016 : Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita n° 2 en ut mineur BWV 826 ; Gabriel Fauré (1845-1924) : 7e Nocturne en ut dièse mineur op. 74 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Variations sérieuses en ré mineur op. 54 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations et fugue sur un thème de Haendel op. 24. Hortense Cartier-Bresson, piano.




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26 juillet

Les Cimes de Val d’Isère, festival & Académie, 24 juillet-7 août 2016

VAL D’ISERE : Festival et Académie Les Cimes : 24 juillet – 7 août 2016. Rien de plus inspirant pour les instrumentistes, aguerris et apprentis, que l’air pur des cimes alpines (on sait ce que donne une telle équation dans les festivals Suisses à Verbier ou à Gstaad). Ainsi chaque été, Val d’Isère propose un cycle de concerts (récitals, duos, musique de chambre, programme symphonique…), à destination de tous les publics que la montagne séduit. Pour les musiciens, Les Cimes de Val d’Isère ne sont pas qu’un festival comme les autres ; c’est une Académie (cycle de masterclasses) où les jeunes professionnels apprennent le métier, se perfectionnent au contact des aînés. Le partage pour les festivaliers, la transmission pour les musiciens composent ici un cocktail électrisant qui produit des rencontres et des concerts pas comme les autres. Les expérimentés approfondissent leur propre technique en enseignant aux plus jeunes, les jeunes apprentis se familiarisent avec des oeuvres nouvelles et en grande formation ; car l’écoute et la concentration collective ne visent qu’un seul but : jouer ensemble et en public. A partir du 24 juillet et jusqu’au 7 août 2016, la station de Val d’Isère se met au diapason de la musique et du partage, offrant nombre d’événements dans l’église du village, au Centre des Congrès et d’autres sites de la Vallée… En accès libre, rencontres et échanges tout au long du Festival Académie permettent aux festivalier présents de suivre les progrès des jeunes musiciens, de suivre certains d’entre eux de sessions en sessions, de rencontrer de nombreux professionnels… Cette année, les artistes invités (qui sont pour la plupart les membres de l’équipe pédagogique) sont entre autres : Mireille Alcantara, Daniel Ottevaere (chant et opéra) ; les violonistes : Noëlle Barbereau, Sylvie Bonet, Philip Bride, Hélène Clement, Christine Cros, Anne Fabre, Ami Flammer… ; les altistes Gérard Caussé, Antonia Coste… ; les violoncellistes : Manuel Cartigny ou Michel Strauss ; et tant d’autres musiciens prêts à partager leur maîtrise technique et leur inspiration poétique jusqu’aux sommets. TEMPS FORTS A l’été 2016, Les Cimes de Val d’Isère accueillent le pianiste Thierry Rosbach, l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, le chef d’orchestre Jean-Jacques Kantorow et le violoniste Ami Flammer… , sans omettre conférences, entretiens avec les personnalités du monde musical, mais aussi randonnées culturelles ou lunchs musicaux… Lundi 25 juillet 2016 / 21h, Église Récital de piano Thierry Rosbach interprète l’un des monuments pour clavier légué par l’âge baroque : les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, originellement pour clavecin et pour tromper les nuits d’insomnies d’un riche mélomane. Soit 32 Variations d’une invention constante et d’une technicité progressive. Un vrai défi pour tous les instrumentistes et depuis Glenn Gould, légende canadienne du piano qui eut le premier l’idée de les enregistrer (1957), les pianistes désireux de se confronter sur un clavier moderne à la montagne conçu au XVIIIè par Bach. Du 27au 30 juillet 2016 / 21h, Centre des Congrès Le 28 juillet 2016, « Soirée prestige » Le Concerto pour violon et orchestre de Beethoven permet aux musiciens invités d’aborder l’un des piliers de la littérature romantique pour violon. Inspiration amoureuse, tendresse et fureur, mais aussi très haute technicité pour le soliste, le Concerto pour violon en ré majeur est écrit pour le virtuose Franz Clement qui en réalise la création à Vienne en décembre 1806. L’année est riche en rebondissements pour le compositeur, qui vit la chute de son opéra Fidelio, et se fiance secrètement avec Thérèse de Brunswick. C’est probablement dans le sillon de cet amour célébré en mai que Beethoven conçoit son Concerto tel un poème de tendresse, une confession d’amour. Les 3 mouvements (Allegro ma non trop, Larghetto, Rondo) aujourd’hui reconnus comme les volets d’un tout cohérent, suscitèrent pourtant à la création, une série de critiques fustigeant leur écriture désordonnée et confuse… celle d’un éclectisme maladroit (!). Des reproches que notre sensibilité moderne ont balayé, soulignant dans le Concerto la force constructive et irrépressible du sentiment amoureux qui le structure. Couplé au Concerto, la Romance pour violon et orchestre n°2 en fa majeur opus 50. Concerto pour violon opus 61 de L.W. van Beethoven (1770 – 1827) Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon Jean-Jacques Kantorow, direction d’orchestre, Ami Flammer, violon Vendredi 29 juillet 2016, 12h Concert emblématique du Festival Les Cimes, l’Interlude musical (à 12h) avec quelques musiciens de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée, à quelques … 2600 m d’altitude, dans l’écrin époustouflant du lac de l’Ouillette, site en plein air d’une irrésistible magie. Expérience musicale unique et exceptionnelle… au sommet. Puis, sur la place de l’Office de Tourisme de Val d’Isère, à 19h, concert Mozart et Vivladi, dirigé par Ami Flammer et les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée (cette fois au complet) avec le violoniste Shuichi Okada et Paisit Bon-Dansac (clavecin). Au programme : Mozart (Une petite musique de nuit / Ein kleine nachtmusik K 525) et Vivaldi dont les musiciens jouent Les Quatres saisons. Et aussi … Les vendredis et samedis 29 et 30 juillet, 5 et 6 août Concerts des académiciens À l’issue des classes de perfectionnement, les jeunes apprentis académiciens se produiront en journée et en soirée, à l’Église et au Centre des Congrès. Tous les jours classes de maîtres ou master classes publiques Tous les jours, dans différents lieux de la station : Centre des Congrès, église, salons d’hôtel… L’Académie ouvre les coulisses de plus d’une quinzaine de disciplines instrumentales : le public peut assister aux cours de perfectionnement dispensés par les artistes invités aux académiciens. Val d’Isère en juillet, résonnent au rythme des instrumentistes venus se perfectionner, partager, découvrir. Pour le plus grand plaisir du public présent dans la station cet été. RESERVEZ, ORGANISEZ votre séjour à Val d’ISERE en consultant le site de l’Office de Tourisme de Val d’Isère Tracez votre légende à Val d’Isère



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21 juillet

GSTAAD Yehudi Menuhin Festival & Academy 2016. Premiers concerts, les 14, 15 et 16 juillet 2016.

Compte rendu, Festivals. GSTAAD Yehudi Menuhin Festival & Academy 2016 (Suisse). Premiers concerts, les 14, 15 et 16 juillet 2016. Plutôt tourné vers l’Est de la Suisse c’est à dire du côté germanique (vers Bern, Zurich…), le festival fondé il y a 60 ans par Yehudi Menuhin à Gstaad, au delà de Montreux et Lausanne, défend depuis ses débuts en 1977 et la direction du violoniste légendaire, les valeurs que l’auguste musicien a portées et qui fondent toujours la flamboyante activité de l’événement (en 2016, pas moins de 70 concerts de juillet à septembre) : le mélange des genres, l’interaction avec le paysage majestueux des cimes alpines, surtout la transmission et la pédagogie, d’où, portées et développées par Christoph Müller, actuel intendant et directeur artistique, ses pas moins de 5 académies, toutes promesses à des sessions de travail passionnant, et pour le public, des concerts finaux qui aux côtés des programmes défendus par les artistes renommés invités, constituent tout l’intérêt du Festival Suisse. Ainsi, en plus d’une académie dédiée aux cordes, aux chant, au Baroque, et au piano, Gstaad organise aussi chaque été, une académie de direction d’orchestre sous la houlette du maestro Neeme Järvi. De quoi enrichir en fin de session, le fameux concert de l’Académie, qui couronne un nouveau jeune maestro à la tête de l’orchestre du Festival : cette année, les festivaliers pourront suivre les avancées des candidats académiciens les 1er, 9 puis 17 août (avec pour cette dernière session, sous la tente blanche du Festival, la remise du prix Neeme Järvi au meilleur d’entre eux). LES LABEQUE EN OUVERTURE… Déjà invitées en 2011, dans le Boléro de Ravel à quatre mains, les soeurs Labèque, Katia et Marielle, ouvrent le festival 2016 ce 14 juillet, dans un programme idéalement respectueux de la thématique générale « Musique & famille » ; de fait, les deux pianistes, à la complicité fusionnelle, abordent une collection de pièces de différents compositeurs dont chaque atmosphère renvoie inéluctablement à leur enfance, et à la figure de leurs parents. La danse est à l’honneur, entraînante et rythmiquement voluptueuse sous la nef de la formidable acoustique de l’église de Saanen : Danses hongroise et slave de Brahms, de Dvorak ; Pizzicato Polka et Schnellpolka de Johann Strauss. C’est surtout dans la seconde partie du récital à 4 mains, que les interprètes se révèlent davantage inspirées, ambassadrice d’ambiance ténues, parmi les plus allusives et intimes, au chatoiement pudique d’une ineffable et secrète cohérence : Dolly de Fauré – redoutable dans son jeu des mains imbriquées- fait référence à une œuvre décisive pour la constitution du duo ; Scaramouche de Milhaud était une pièce vénérée par leur mère ; et l’on comprend la place spécifique, finale, du Lutoslawski (rare variation sur un thème de Paganini) qui est réécriture d’une mélodie bien connue, dont l’implosion progressive indique l’accomplissement d’un passage obligé, celui d’un incessant mouvement recréateur ; toutes ces pages amoureusement, intimement énoncées récapitulent l’élaboration d’une sensibilité à 4 mains et 2 cœurs, qui sait aujourd’hui, s’ouvrir à de nouvelles expériences musicales, quitte à prendre des risques toujours stimulants. Voilà pourquoi en bis, Katia et Marielle Labèque jouent leur cher Philipp Glass, un compositeur dont elles sont proches et ont participé à la progressive reconnaissance, à une époque où personne ne le considérait véritablement. Investi, riche, divers, à la fois éclectique mais profondément unitaire, le récital diffuse une remarquable maîtrise, un temps suspendu alors qu’à quelques kms de là, foudroyait la tragédie du massacre de Nice en France. Instant précieux en temps de barbarie. CONCERT HOMMAGE pour le CENTENAIRE YEHUDI MENUHIN. Le lendemain 15 juillet, dans la même église (et repris pour une seconde session le 16), le britannique Paul McCreesh dirige le concert hommage officiel célébrant le centenaire de la naissance du fondateur Yehudi Menuhin. Eglise comble, officiels en rangs serrés, venus applaudir les discours préalables de la famille Menuhin dont la mémoire c’est à dire les valeurs artistiques et morales sont de fait, toujours vivaces : ouverture, transmission, échanges… Paul McCressh dirige ses effectifs (Gabrieli Consort & Players) dans le Requiem de Mozart (version rare – du moins méconnue en France-, signée Franz Beyer propre aux années 1970, plus efficace et dramatique, moins édulcorée que celle ordinairement jouée et qui comprend les maladresses et redites de l’élève de Wolfgang, Süsmayer). Le sens des contrastes, la vibrante expressivité des tutti, – la vitalité générale des pointes solistiques (belle plasticité du timbre de la soprano Charlotte Beament) affirment le tempérament du chef, qui sculpte la matière orchestrale et le tissu choral avec un tempérament acéré, celle d’un fauve concentré, soucieux d’allant et d’équilibre. Auparavant, les choristes ont imposé leur maîtrise dans leur langue natale, dans l’Hymne to St. Cecilia – prière et lamento de 10 minutes d’une impeccable tenue : sublime lecture de Britten sur le baroque britannique qui l’a précédé. En bis, les effectifs – chanteurs seuls, entonnent un motet d’Elgar, compositeur qui occupe actuellement chef et chanteurs, pour un enregistrement récemment élaboré avant cet été 2016. La beauté des paysages montagneux de Gstaad ne fait pas uniquement l’attrait d’un festival unique en Europe. La diversité des programmes, l’activité des 5 académies professionnalisantes pour les jeunes musiciens et chanteurs, et que peuvent suivre les festivaliers pas à pas, expliquent la pertinence du Festival suisse laissé en héritage par le légendaire Menuhin. A NE PAS MANQUER 5 prochains temps forts du Gstaad Yehudi Menuhin Festival & Academy (à l’affiche jusqu’au 3 septembre 2016) : en juillet 2016 : 1 – 25 juillet 2016 : dans la sublime église de Launen (et son décor montagneux de rêve !), le volet III du cycle hommage à Menuhin par le pianiste Andras Schiff 2 – 28 juillet 2016 : premier volet des sessions de la Conducting Academy / Académie de direction d’orchestre : les festivaliers découvrent alors les tempéraments de chaque jeune maestro apprentis, d’autant plus sollicité/exposé, que chacun est invité ainsi à diriger l’orchestre du Festival. Expérience unique en Europe. en août 2016 : 1 – 17 août 2016 : concert final de l’Académie de direction avec la remise du prix Neeme Pärvi (tente du Festival) 2 – Cycle Lang Lang : le pédagogue sous la tente du Festival, le 26 août 2016 (15h) ; puis le récitaliste, même lieu le 27 août 2016, 19h30, dans Les Saisons de Tchaibkovk (un programme récemment défendu par classiquenews, LIRE notre critique du dvd Lang Lang joue les Saisons de Tchaikovsky dans la Galerie des Glaces de Versailles , enregistré en juin 2015) en septembre 2016 : Symphonie de Beethoven (9ème), sujet réinterprété et réarrangé pour les lycéens des cantons de Berne, soit le 2 septembre 2016 à 19h30. Yehudi Menuhin fondateur du Festival de Gstaad entendait défendre coûte que coûte la transmission vers les jeunes et les familles, l’accès et la sensibilisation à l’adresse d’un très large public… pari toujours relevé et réussi aujourd’hui comme en témoigne ce concert performance qui engage directement les jeunes spectateurs et leurs familles. Toutes les Infos et modalités de réservation sur le site du Gstaad Yehudi Menuhin Festival & Academy 2016 (Centenaire Yehudi Menuhin / 60è édition du Festival) : http://www.gstaadmenuhinfestival.ch/site/fr/ LIRE AUSSI notre présentation complète du Festival GSTAAD Yehudi Menuhin Festival & Academy 2016

Carnets sur sol

19 juillet

[Carnet d'écoutes n°98] – Czerny, Jaëll, les Nozze, la Forza, le Ring, expos

Le divin Mozart ¶ Le Nozze di Figaro par Nézet-Séguin et l'Orchestre de Chambre d'Europe. Le Don Giovanni était très bon, le Così fan tutte absolument parfait (dans la veine allègre plus que philosophisante). Ces Noces sont aussi une grande réussite, où prévaut l'accompagnement hors du commun du COE : on pourrait se contenter d'écouter l'orchestre, qui chante en permanence, où tous les plans sont audibles et en palpitation constante, avec une variété de couleurs hors du commun. Le résultat global est remarquable, mais fait moins autorité, surtout considérant l'aléa vocal : tous les chanteurs sont bons (à commencer par le Figaro de Pisaroni, à l'italien exact et savoureux), mais si Hampson n'a pas dû être très précisément bridé sur l'accent (moins bon qu'à l'accoutumée) et Yoncheva, très crédible (et différenciée) dans cet entre-deux-âges décrit par le texte (incroyable comme elle a véritablement une voix d'après-grossesse, à la fois jeune et mature), me gêne assez du côté de la diction relâchée et des voyelles pas du tout idiomatique. Une très bonne référence qui se place parmi les meilleures (la palme restant au DVD Pappano / McVicar). Le génial Czerny Je découvre l'enregistrement de deux quatuors supplémentaires de Czerny (Sheridan Ensemble, chez Capriccio), en la mineur et ré majeur s'ajoutant aux ré mineur et mi mineur (qu'ils ont aussi enregistrés) déjà gravés par le St Lawrence String Quartet. L'ensemble du corpus est d'un niveau exceptionnel : beaucoup de traits communs, y compris dans les procédés et la qualité du résultat, avec les derniers Schubert. J'y reviens très souvent, avec toujours plus d'émerveillement – qu'est-ce que ce serait, si l'on disposait de la même générosité discographique ! – mais le nom de Czerny, toujours associé à ses œuvres pédagogiques, semble durablement terni auprès du grand public. En plus de l'aspect général assez schubertien, il y a aussi une gestion ambitieuse de la forme qui ne repose pas sur la mélodie et la répétition de schémas stables : beaucoup de parentés avec le corpus de Beethoven aussi – et honnêtement, pas un Beethoven fade ou raté. De véritables zones d'ombres injustifiables dans le répertoire de quatuor. (Ceux de Bruch sont très bien aussi, mais on y sent un niveau légèrement inférieur à ces modèles, ce qui n'est pas du tout le cas de Czerny à mon sens.) Pareil pour sa Première Symphonie, au demeurant : quelque part entre l'énergie des motifs de Beethoven et la poésie des timbres de Mendelssohn, vraiment une œuvre importante (et à titre personnel, peut-être la symphonie qui m'est la plus chère). Étrangement, les autres symphonies publiées au disque (2 deux fois, 4, 6) ne sont pas très passionnantes. En plus, l'interprétation de Nikos Athinäos et tout à fait ébourissante, sur le splendide orchestre de Frankfurt (Oder) qui semble pour cette fois jouer sur des bois et cuivres d'époque. La Force du Destin Découverte de quelques nouvelles versions, très marquantes, de La Forza del Destino de Verdi, tellement mieux servie sur le vif. J'ai déjà dû mentionner, en carnets d'écoutes, mes deux versions de chevet : ♣ Solti à Covent Garden (1962), paru chez Myto (et pas réédité, apparemment – mais c'est désormais du domaine public) : Floriana Cavalli y chante assez faux, mais déclame comme personne. Bergonzi, dans ces années, dispose, en plus de la grâce du timbre, de toute l'ardeur requise (perdue dans le studio de Gardelli, où il paraît assez bonhomme pour un mulâtre maudit, fils d'empereur provoquant en duel les Grands d'Espagne…). Veasey, (John) Shaw, Capecchi, Ghiaurov, et même (Forbes) Robinson (Marquis de Calatrava extrêmement prégnant, dans un très bel italien d'ailleurs) tous marquants, et surtout cette énergie d'équipe. Solti y est direct, sobre, toujours animé, à l'opposé des studios rutilants et assez figés de la même période. Vraiment idéal en tout point. [écoutable ici ] ♣ Schmidt-Isserstedt à Hambourg (1952) en allemand (chez Walhall), avec Clara Martinis (timbre cousin de Mödl, avec plus de souplesse), Mödl, Metternich, la fine fleur du chant allemand de ces années est là, et l'ensemble brûle les planches, le relief de la prosodie allemande en sus. Rudolf Schock est comme toujours assez peu enthousiasmant, mais dans ce contexte, il semble aussi gagné par la fièvre générale. [écoutable ici ] J'aime bien sûr beaucoup le studio Molinari-Pradelli (Tebaldi, Simionato, Del Monaco, Bastianini, Siepi), Mitropoulos à Naples en 53 (Tebaldi, Corelli, Bastianini, Christoff), Votto en 57 avec Gencer et Di Stefano, ou bien les différents Muti (le studio avec Freni, Domingo, Zancanaro, avant tout pour l'élan orchestral ; bien sûr la plus récente bande avec Cura et Nucci, électrisante), mais l'électricité n'y atteint pas ces sommets. Dans la discographie totalement pléthorique (l'intrigue est complètement invraisemblable et très bizarrement éclatée, mais quelle collection de morceaux de bravoure pour mettre en valeur les plus belles voix, et par conséquent très enregistré, avec une plus-value plus forte de l'accumulation que pour bien des œuvres plus abouties !), je viens de découvrir deux petits bijoux moins courus. ♣ Nino Sanzogno à l'Opéra de Rome en 1957 (Myto) : une version pas particulièrement dramatique – l'orchestre, comme on pouvait s'y attendre avec ce chef, peut paraître vaguement indifférent –, très belle vocalement. Anita Cerquetti à son sommet, qui n'articule pas forcément très précisément le texte, mais le coule dans une morbidezza (un moelleux) superbe, voisine avec Boris Christoff dont l'articulation vocale semble étonnamment italienne, et Aldo Protti qui n'a jamais été aussi séduisant (pas exactement sa qualité première d'ordinaire). Même si Pier Miranda Ferraro ne paraît pas très concerné par les tourments du pauvre Alvaro, la voix est belle, et le duo d'adieu avec Protti est une petite merveille de fusion. Ici encore, Renato Capecchi irrésistible et un Calatrava charismatique (Antonio Massaria). Pas une version ultime, mais pour ce qui est de la réjouissance glottique, on fait difficilement mieux. [écoutable ici ] ♣ Le grand choc a été la découverte de la version d'Ottavio Ziino à Florence en 1961 (chez Living Stage). Beaucoup plus engagé orchestralement (sans être joli), et une distribution survoltée (à telle enseigne que Cossotto se vautre méchamment dans son texte… sauvée par le suggeritore ), jusqu'au jeune Cappuccilli (c'est lui qu'on vend sur la pochette), beaucoup moins impavide que dans la plupart des soirées de sa carrière – par ailleurs, on croit entendre un vernis timbral plus agréable que l'armature un peu grise qui est d'habitude sa marque (inaltérable, mais pas forcément beau). À cela, on peut ajouter que le rôle flatte son tempérament hiératique. Le reste du plateau est constitué de chanteurs peu célèbres ou modérément cotés, et pourtant tous superlatifs ce soir-là : Silvio Maionica, encore un grand Calatrava, moelleux, simple et éloquent ; Guido Mazzini, Melitone complètement ténorisant, mais remarquablement utilisé dans une composition réellement malveillante, rare et très convaincante ; Ivo Vinco, réputé court de voix et d'esprit, qui impose ici une majesté que je ne lui connaissais pas ; Flaviano Labò, avec son émission de type dramatique, inhabituelle, et toujours très engagé ; enfin, le sommet de tous les sommets, Marcella De Osma, dont la postérité n'a à peu près rien retenu, alors que son grain et sa déclamation sont hors du commun – il faut se figurer Tebaldi, son mordant et sa diction, mais qui aurait du molleux, un aigu facile et un véritable engagement dramatique ! Et l'ensemble s'enchaîne avec naturel, sans paraître une suite de numéros de bravoure clos, avec de véritables dialogues entre les personnages. Très grande version. [écoutable ici ] Toutes ces bandes (sauf Muti, bien sûr) sont désormais libres de droit , donc librement téléchargeables sur les sites pirates sans enfreindre la législation (sauf si vous utilisez une technologie P2P, bannie par la loi française quel qu'en soit le contenu). L'horrible Richard Wagner ¶ Tristan, acte III, Maazel à l'Opéra de Munich (Behrens, Murray, West, Titus, Salminen, Volker Vogel, Haefliger, Rensburg). Le Prélude le plus impressionnant qu'on puisse entendre : ce début gras, rauque, pesant du désespoir, qui s'étiole progressivement vers l'impalpable de la mort, très marquant. Vocalement, c'est une fête, la facilité de Behrens, la rondeur de West, assez peu fêté des wagnériens alors qu'il prolonge la bénédiction de Jerusalem, Titus et Salminen dans leurs grandes années, et les petits rôles les mieux tenus de tout le patrimoine. La tension baisse un peu à la fin de l'acte (en tout cas par rapport aux deux premiers beaucoup plus continûment intenses), mais il est rare d'entendre un Tristan à la fois si bien chanté et si constamment tenu et tendu. J'avais récupéré la bande en ligne (avec la mise en scène inoffensive de Hans Schavernoch), ça se trouve peut-être encore sur YouTube et ça mérite le coup d'oreille. ¶ Das Rheingold dans mes versions de chevet : Keilberth 52 (avec Witte et Uhde), Kempe Bayreuth (avec Stolze et Uhde !), Karajan studio (avec Stolze et Fischer-Dieskau), Solti Bayreuth (avec Jung et Nimsgern), Gergiev studio (avec Rügamer et Pape), Weigle Frankfurt (avec Streit et Stensvold). Chacun avec des vertus dissemblables, mais tous verbe très haut. Redécouvert aussi Böhm 66 (avec Windgassen et Adam), dont la crâne franchise, malgré les timbres orchestraux disgracieux, a quelque chose d'assez électrisant. ¶ Die Walküre, acte III, Mark Elder et le Hallé Orchestra, chez le label de l'orchestre. Prise de son ample et détaillée, assez extraordinaire, ce qui nous vaut un Crépuscule parmi les plus palpitants du disque, pas forcément à cause de la posture du chef ou de la qualité des chanteurs (quoique tous très bons) que parce que les équilibres sonores sont idéaux pour profiter de tous les petits événements qui parcourent une partition wagnérienne. Dans la Walkyrie, c'est moins capital et moins convaincant : on y entend beaucoup, tout de même, les limites individuelles des chanteurs ; Yvonne Howard, très bien par ailleurs malgré un allemand un peu blanc et lisse, pousse pas très joliment dans son action de grâce ; Susan Bullock, un excellent choix pour les deux dernières journées, paraît un peu large et rugueuse pour cette « jeune » Brünnhilde-là ; Egils Siliņš n'est, conformément à sa réputation, pas très frémissant… Les deux premiers actes, écoutés il y a quelques (dizaines de) mois, sont meilleurs que celui-ci, très beau plastiquement mais guère tendu, et pas toujours raffiné non plus. Dans la collection, en revanche, ne manquez pas la Troisième de Sibelius (et le Crépuscule, donc). ¶ Siegfried, actes I et II, tiré du cycle de Sebastian Weigle avec l'Orchestre de l'Opéra et du Musée de Francfort, publié chez Oehms. L'un des derniers Ring parus au disque, et l'un des plus aboutis aussi. Orchestralement, il confirme que le Musée de Francfort est possiblement le meilleur orchestre d'Allemagne : impossible de trouver plus virtuose et discipliné, épousant les choix subtils de Weigle avec un supplément de chatoyance très bienvenu. Rheingold est (à ses demoiselles du Rhin près) une référence absolue, et on mesure facilement ce que Siegfried peut gagner d'une lecture orchestale souple, expressive, raffinée et généreuse. Hélas, vocalement, l'exaltation est (beaucoup) plus mesurée (alors qu'avec des chanteurs à peine meilleurs, on aurait pu parler de référence à peu près absolue pour ce cycle) : Peter Marsh (Mime) et plus encore Lance Ryan (Siegfried), dans la mauvaise pente de leurs carrières, sont particulièrement disgracieux (et c'est un admirateur de Manfred Jung qui parle), Jochen Schmeckenbecher (Alberich) plus terne que dans l'Or du Rhin. Sterje Stensvold, toujours élégant (qualité rarissime dans ce répertoire) est dans une position qui flatte un peu moins ses qualités (la puissance étant limitée), mais demeure une valeur très sûre, sa belle patine rendant bien compte du temps qui a passé. (Et dans le III, que je n'ai pas réécouté, Susan Bullock est tout à fait à son affaire.) Mais un Siegfried où Siegfried et Mime piaillent sans trêve finit par agacer l'auditeur de bonne volonté, alors même que ce qui se passe à l'orchestre est passionnant. ¶ Siegfried en entier, par Karajan à Bayreuth à la réouverture de 1951 (certaines bandes ont été réputées perdues puis retrouvées, je n'ai pas tout suivi, mais il nous reste au moins un Or remarquable avec Karajan-S.Björling et le Crépuscule, limité par sa prise de son étroite, avec Knappertsbusch-Varnay-Aldenhoff-L.Weber). Très impressionnant : l'orchestre claque, fuse, file et frémit comme dans le Tristan de 1952, mais avec une précision qu'on ne croyait pas possible à cette date à Bayreuth ; vocalement, certes, le réveil de Varnay est un peu violent, mais Aldenhoff, le prince des princes, croisant le verbe haut de Paul Kuen (Mime) et la haute stature de Sigurd Björling (Wanderer), c'est un peu le rêve absolu. Il reste que le niveau de détail orchestral est nécessairement limité par la prise de son, mais Walhall a comme d'habitude fait un très bon travail qui rend l'écoute de la bande parfaitement confortable. ¶ Une erreur de jugement, réécouter Der Götterdämmerung par Knappertsbusch (en 1951). La distribution est tellement irrésistible : Varnay, certains, mais ensuite Mödl, Höngen, Aldenhoff, Uhde, soit individuellement les meilleurs titulaires de chacun de ces rôles, et puis Ludwig Weber en Hagen, et Schwarzkopf & Töpper en Filles du Rhin ! Mais alors, joué aussi globalement, sans réelle articulation, en gros blocs indolents (et approximatifs), on s'ennuie assez vite, indépendamment même des propriétés de l'ouvrage. Monographie Marie Jaëll (Bru Zane) Je n'avais jusqu'ici eu accès qu'au piano, de très bonne facture, mais pas forcément profondément marquant. Impression démentie par les cycles Ce qu'on entend dans l'Enfer / le Purgatoire / le Paradis (en extraits seulement dans le coffret) et surtout Les jours pluvieux, où souffle déjà le vent des nouveautés, les recherches harmoniques et climatiques de Dupont, Hahn et des autres auteurs de grands cy cles français. Les deux Concertos pour piano sont très réussis, dans un style tout à fait post-chopinien qui ne se limite pas à l'épigonisme, mais prolonge en quelque sorte le plaisir dans une période qu'on sent plus tardive. Enfin, La Légende des Ours, assez longue cantate (cycle de mélodies orchestrales ?) de 25 minutes pour soprano et orchestre, est sans doute ce qui présente le plus un style propre, d'un romantisme très habité, dramatique mais coulant avec naturel, mi-poème symphonique, mi-mélodie. Un plaisir d'entendre Chantal Santon-Jeffery en forme (ce qui n'est plus guère le cas dans le répertoire baroque français où elle officie beaucoup) et Hervé Niquet cingler le Brussels Philharmonic, tous à leur meilleur. Pas une découverte capitale, de même que les dernières parutions de Bru Zane, mais de très belles découvertes pour qui s'intéresse aux recoins inexplorés de la période, ce qui semble de plus en plus être l'orientaton scientifique du Palazzetto : montrer l'état de la création au XIXe siècle, plutôt que d'y chercher les chefs-d'œuvre les plus personnels et insolites. … et deux expos, au Louvre. ► Celle sur le Musée des Monuments Français d'Alexandre Lenoir est très réussie. Elle tire avantage de la nette partition des deux espaces d'exposition : la première partie reconstitue la motivation historique (sauvetage à la Révolution des œuvres sur le point d'être saccagées) et la disposition topographique du musée disparu (les salles étaient organisées comme des initiations didactiques par siècle) ; la seconde explore les influences et l'idéologie stylistique de la démarche, culminant avec la reconstitution des monuments composites qu'il avait érigés. L'intérêt, plus encore que les œuvres exposées, réside dans la mise en valeur du dispositif et de la pensée de son créateur : sauver le patrimoine (parisien, puis au delà) de la destruction, sous la Révolution. Avec un tout à la fois souci de l'édification du public très réussi (chronologie), une mise en valeur marquante (ces amas d'œuvres théâtralisées devaient avoir un impact dramatique assez spectaculaire) et un sens de l'authenticité qui n'est pas le nôtre (Lenoir recréant des objets fonctionnels complets à partir d'éléments disparates, au besoin dédiés à des personnages historiques auxquels il n'étaient nullement destinés, comme Jeanne d'Arc…). On peut aussi suivre l'histoire de ce musée éphémère : situé aux Petits Augustins, constitué des saisies mais aussi des achats par Lenoir (revendant les pièces moins intéressantes aux marbriers pour pouvoir acquérir d'autres œuvres), il est progressivement dépouillé de ses collections sous le Consulat (les Antiques vont au Louvre et ne restent que les moulages, Joséphine s'approprie des statues, le Concordat de 1802 rend les figures sacrées). Mais le plus intéressant du projet est peut-être de souligner la puissance et la rémanence de ces quelques salles sur l'imaginaire du XIXe siècle : lorsque Charles-Marie Bouton peint la folie de Charles VI en 1817, il représente la scène dans la salle XIVe du musée. ► La première exposition à la Petite Galerie – en réalité quelques pièces à la base de l'aile Richelieu aménagées en espace d'exposition, je suppose que ce nom est issu du jeu de mots d'un conservateur entre la Grande Galerie qui reliait le Louvre aux Tuileries et l'âge du public visé –, « Mythes fondateurs ». Le principe est de sensibiliser les plus jeunes, mais je vois beaucoup de biais gênants. ╩ Le contenu se limite à peu près à la mythologie grecque et à la science-fiction – c'est un peu court pour évoquer la spécificité d'un mythe, d'autant que les comics ou le space opera ne sont appelés mythes que par extension. ╩ Les objets sont mélangés sans distinction d'époques et de cultures d'origine – je me figure les orgasmes violents du directeur de la communication patrimoniale, avec la supra-transversalité des cultures, mêlant une tablette cunéiforme, une hache rituelle d'art premier, une statuette égyptienne et une monnaie grecque dans la même vitrine. Néanmoins, il est justement intéressant pour le jeune public, à mon sens, de montrer que tout le monde n'utilise pas les mêmes moyens, selon les lieux et les époques, pour représenter la même idée. ╩ Pourquoi pas un parcours thématique, au demeurant, mais les cartels sont tellement pauvres qu'ils n'offrent pas beaucoup de munitions aux accompagnateurs de bonne volonté pour satisfaire la curiosité du jeune public. Un résumé de la personnalité décrite par l'objet, mais rien sur l'origine, la matière, le point de vue… comme si tout était pareil et interchangeable. J'ai trouvé ce bric-à-brac plutôt désagréable, en réalité. Heureusement, il y avait la véritable pièce de collection, le heaume de Lord Vader, prêté par le musée de George Lucas – et un peu le principal argument de vente. C'est émouvant, d'une certaine façon, parce que j'étais persuadé qu'il dormait quelque part dans un coffre(-fort) ; sinon, c'est gros, ça a l'air lourd, et ça ressemble énormément à ce qu'on voit dans le film. Évidemment, aucun parallèle n'est tracé entre ces différents mythes, aucune distinction non plus. Une installation contemporaine dans une pièce à part, figurant le rayonnement du soleil, et… ? L'art incarné Pour finir, une installation urbaine rencontrée hier : maître inconséquent mais passant pourvu du sens de l'humour.

Ludwig van Beethoven
(1770 – 1827)

Ludwig van Beethoven est un compositeur allemand né le 16 décembre 1770 et mort le 26 mars 1827. Dernier grand représentant du classicisme viennois (après Gluck, Haydn et Mozart), Beethoven a préparé l’évolution vers le romantisme en musique et influencé la musique occidentale pendant une grande partie du XIXe siècle. Inclassable, son art s’est exprimé au travers différents genres musicaux, et bien que sa musique symphonique soit la principale source de sa popularité universelle, il a eu un impact également considérable dans l’écriture pianistique et dans la musique de chambre. Vers 1793, Haydn dit de lui « Vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». Surmontant à force de volonté les épreuves d’une vie marquée par le drame de la surdité, célébrant dans sa musique le triomphe de l’héroïsme et de la joie quand le destin lui prescrivait l’isolement et la misère, il a mérité cette affirmation de Romain Rolland : « Il est bien davantage que le premier des musiciens. Il est la force la plus héroïque de l’art moderne ». Expression d’une inaltérable foi en l’homme et d’un optimisme volontaire, affirmant la création musicale comme action d’un artiste libre et indépendant, l’œuvre de Beethoven a fait de lui une des figures les plus marquantes de l’histoire de la musique.



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